Que deviennent nos 400 000 tonnes de déchets ?

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Bordeaux Métropole a collecté en 2015 398 254 tonnes de déchets soit l’équivalent de 40 fois le poids de la Tour Eiffel! Si l’on retire de ce chiffre les apports des déchetteries et des professionnels du territoire métropolitain, nos calculs nous amènent à un total de 323 kg de déchets ménagers produits par an et par personne. Un chiffre considérable mais en baisse de 8,24% en 7 ans.

Quels sont les différents types de déchets récoltés et comment sont-ils collectés?

  • Les ordures ménagères résiduelles: ce sont les déchets non recyclés issus de nos poubelles noires (déchets organiques, petits emballages en plastique, les restes de nourriture, les sacs plastiques, les barquettes en plastique et en polystyrène…). Elles représentent 183 928 tonnes collectées soit 46,18% des déchets collectés sur la métropole en 2015.

Ces ordures sont collectées en porte à porte (directement chez les habitants) 1 à 5 fois par semaine en fonction du lieu de collecte. Une fois par semaine à Saint Aubin de Médoc, Parempuyre, Blanquefort, Saint Louis de Montferrand, Ambarès et Lagrave, Saint Vincent de Paul et la zone maraîchère d’Eysines, cinq fois par semaine dans l’hypercentre de Bordeaux de par les besoins spécifiques du centre et deux fois par semaine ailleurs (voir carte ci-dessous). La partie collecte de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères est fonction de la fréquence de collecte, elle est donc plus importante dans l’hypercentre de Bordeaux que dans les zones collectées une seule fois par semaine.

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  • Les ordures provenant de la collecte sélective issue des poubelles vertes: cette catégorie regroupe le papier, le carton, les bouteilles en plastique, les flacons… 37 534 tonnes ont été collectées en 2015 soit 9,43% du total.

Les poubelles vertes sont collectées une fois par semaine en porte à porte.

  • Le verre issu de la collecte sélective: il s’agit du verre collecté dans les conteneurs à verre de la métropole. 16 598 tonnes ont été collectées soit 4,17% du tonnage global

Le verre est collecté dans des bornes à verre réparties sur le territoire métropolitain (plan ci-dessous)

  • Les déchets issus des centres de recyclage: elles collectent les déchets non ménagers déposés par les usagers: appareils électroménagers, bio-déchets (pelouse tondue, feuilles et branchages…), meubles… 128 952 tonnes ont été collectées soit 32,38% du total. Les déchets verts composent la majorité des déchets déposés, viennent ensuite les gravats (graphique ci-dessous).

Détail des déchets collectés dans les centres de recyclage

Carte des centres de recyclage sur la Métropole

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Ces centres de recyclage sont inégalement répartis sur le territoire, ils sont insuffisants à l’intérieur de la rocade (en particulier autour de Talence et le sud ouest de Bordeaux) et 2 d’entre-eux vont d’ailleurs fermer à Bordeaux dans le cadre d’Euratlantique. La Métropole a débloqué dans son plan déchet des budgets pour en construire de nouveaux (notamment à Talence) mais le manque de foncier est un handicap pour leur développement. En attendant les meubles et électroménagers sont massivement abandonnés autour des conteneurs à verre ou malheureusement jetés dans les poubelles noires où ils seront incinérés.

Les tonnages collectés par centre de recyclage

Tonnages collectés par centre de recyclage

  • Les déchets des professionnels et des services communaux et communautaires: il s’agit des déchets collectés auprès des entreprises et des services de la métropole et des communes. 31 243 tonnes ont été collectés soit 7,84% du total.

territoire_regie_sivomLa collecte des déchets est effectuée dans 21 communes par les agents de collecte de la Métropole (en régie) et dans 7 communes (Bassens, Carbon-Blanc, Lormont, Cenon, Artigues près Bordeaux, Floirac et Bouliac) en délégation de service public par l’entreprise Veolia sous l’autorité du SIVOM Rive droite).

A droite: carte des autorités de collecte, en pointillé vert la collecte effectuée par Bordeaux Métropole et en blanc par le SIVOM.

Le nouveau schéma départemental de coopération intercommunale prévoit la dissolution future du SIVOM et un transfert de la collecte vers Bordeaux Métropole et le SEMOCTOM (Syndicat de l’entre-deux-mers Ouest pour la collecte et le traitement des ordures ménagères) pour les communes du syndicat situées hors Bordeaux Métropole. Ce même schéma prévoit des regroupements d’intercommunalités en Gironde pour assurer une meilleure efficacité des services publics, mutualiser les services et les adapter aux bassins de vie du territoire. Plusieurs syndicats (SIVOM et SIVU) seront supprimés (et leurs compétences transférées aux intercommunalités) ou fusionnés pour permettre une diminution de leurs coûts de fonctionnement.

Que deviennent les déchets ainsi collectés?

Les déchets récoltés sont recyclés, compostés, incinérés ou stockés pour ceux qui ne sont pas valorisable. Le plan ci-dessous représente les différentes unités de retraitement des déchets sur la Métropole:

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La valorisation matière

154 404 tonnes de déchets sont valorisées en matière. Ces déchets sont transformés pour être réutilisés ensuite, c’est le cas du verre qui est recyclable à l’infini (16 598 tonnes triées puis recyclées au centre de Vayres) mais aussi des déchets collectés dans les poubelles vertes de la collecte sélective (31 648 tonnes triées au centre Astria de Bègles) comme les journaux, les bouteilles plastiques ou encore le carton après être passés en centres de tri (tri optique et manuel).

Détail des déchets recyclés avec le soutien des éco-organismes Eco-Emballages et Eco-Folio

Emballages recyclés

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Il faut toutefois noter que 5285 tonnes de déchets issus des poubelles vertes sont refusées en centre de tri car ne sont pas recyclables (erreurs de tri des habitants). A contrario une quantité importante de déchets recyclables sont jetés dans les poubelles noires, ils ne sont donc pas recyclés et partent à l’incinération. Il faut donc être vigilant dans le tri des déchets.
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56 863 tonnes de déchets en provenance des centres de recyclage sont aussi recyclées (bois, métaux, cartons…) soit 44% du total collecté dans les centres.

49 022 tonnes des résidus issus de l’incinération sont réutilisées comme métaux ou mâchefers (utilisés notamment pour le remblai de nos routes). Rappelons que les produits ménagers jetés dans les poubelles noires ne sont pas recyclés et vont abonder ces machefers et donc se retrouver sous nos routes, il faut donc bien penser à les déposer en déchetteries ou dans les écopoints (dans les supermarchés par exemple).

Le compostage

50 618 tonnes de déchets organiques sont compostées, ils sont principalement issus des centres de recyclage (39 707 tonnes) mais aussi des déchets des professionnels et des collectivités de la Métropole (10 911 tonnes). Ce chiffre ne regroupe pas le compostage effectué par les habitants (14 000 composteurs distribués par Bordeaux Métropole sont en fonctionnement actuellement).

La quasi totalité de nos déchets organiques sont compostés sur les centres de Touban et de La Grande Jaugue (Saint Médard en Jalles) par une entreprise délégataire, le reste par l’entreprise SITA.

La valorisation énergétique

206 665 tonnes de déchets sont incinérées et valorisées sur la Métropole dans les usines d’incinération de Bègles et de Cenon (Hauts de Garonne) soit 280,23 kg par habitant. Il s’agit des déchets issus des ordures ménagères résiduelles (poubelles noires), du tout venant non recyclable des centres de recyclage (14 172 tonnes) et du tout venant des professionnels, de la Métropole et des communes (9 733 tonnes). 5285 tonnes d’erreurs de tri issues de la collecte sélectives mélange (poubelles verte) sont aussi incinérées.

L’incinération à Bègles (Astria) a permis une production électrique de 113 656 MWh tandis que l’usine d’incinération de Cenon a produit 108 765 MWh d’énergie thermique pour le chauffage urbain des Hauts de Garonne (ce qui permet de chauffer 12 000 foyers à Lormont et à Cenon), 7 967 MWh d’électricité auto consommée et 4509 MWh d’électricité vendue. Rappelons qu’il faut 6 à 7 tonnes de déchets pour obtenir l’équivalent d’une tonne de fioul.

La gestion de l’usine d’incinération et du centre de tri de Bègles est concédé à la société Astria (Suez environnement) et l’usine d’incinération de Cenon à la société Rive Droite Environnement (Veolia Environnement).

Le stockage

34 989 tonnes de déchets ont été stockées en 2015 soit 47,44 kg par habitant. Ils sont notamment enfouis dans le centre de Lapouyade.

Ce chiffre est en relative baisse ces dernières années mais il faut noter une hausse de 9,91% cette année pour des raisons conjoncturelles (+190% de refus d’incinération).

Stockage déchets Bordeaux Métropole 2015

Schéma global de la collecte et du traitement des déchets

Collectés des déchets à Bordeaux Métropole

A-t-on diminué notre production de déchets ces dernières années ? Recycle-t-on davantage ?

Une production de déchets résiduels en baisse de 100 kg en 10 ans

En 10 ans la production d’ordures ménagères résiduelles (poubelle noire) a baissé de 100 kg soit 28%, cela est du notamment à un meilleur tri sélectif, au compostage des déchets organiques mais aussi et surtout aux politiques volontaristes de l’Etat en faveur de la diminution du poids des emballages par un système de malus sur les producteurs. Les industriels qui produisent des emballages sont taxés en fonction de leur poids et reversent ce malus à Eco-Emballages, ces recettes sont ensuite redistribuées aux collectivités et syndicats collecteurs des déchets (dont Bordeaux Métropole) en fonction du tonnage collecté d’emballages (près de 8 millions d’euros de subvention d’Eco-Emballages en 2015 pour la Métropole).

Evolution des tonnages des déchets résiduels ces 10 dernières années à Bordeaux Métropole

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Une collecte sélective stable

Les déchets recyclables collectés ont augmenté de 2005 à 2011 grâce à la prise de conscience de l’importance du tri sélectif dans les foyers. Les valeurs sont stables depuis malgré une hausse de la population.

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Comment s’articule le budget de la collecte et du traitement des déchets ?

Les recettes de fonctionnement

La majorité des recettes de fonctionnement proviennent de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) versée par les ménages de la Métropole en fonction de la valeur locative de leur bien, viennent ensuite les dotations. Le budget étant déficitaire en raison d’une stabilité des taux depuis de nombreuses années, 6% du budget de fonctionnement est financé par un apport du budget principal de la Métropole. Pour pallier à cela, nous avons voté cette année une légère augmentation des taux de la TEOM permettant de récolter 6,3 millions d’euros de recettes supplémentaires.

Les taux de la TEOM sont de:

  • 7,18% pour les secteurs collectés 2 fois par semaine sur la Métropole (1 x poubelle noire + 1 x poubelle verte) soit une hausse de 8,6%
  • 8,69% pour les secteurs collectés 3 fois par semaine (2 x poubelle noire + 1 x poubelle verte) soit une hausse de 5%
  • 9,31% pour les secteurs collectés 6 fois par semaine ( 5 x poubelle noire + 1 x poubelle verte) soit une hausse de 12%

Recettes de fonctionnement du service déchets

Détail des recettes de fonctionnement

 

Les dépenses de fonctionnement

Les frais de fonctionnement sont en diminution de près d’un million d’euros cette année et s’élèvent à 95 539 040€. Les frais de personnel correspondent à la première dépense du service (41%).

Dépenses de fonctionnement du service déchets

Les dépenses d’investissement

Dépenses d'investissement du service déchets

Quelles mesures peut-on prendre pour accentuer la diminution de la production de déchets ?

Notre Métropole a renouvelé son plan déchets, l’objectif pour les prochaines années est de réduire de 10% notre production d’ordures ménagères. Mais quels sont nos leviers ?

Le premier levier est bien évidemment la tarification incitative. Il s’agit de substituer la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) fixée par la valeur locative des biens par une redevance incitative dont le montant serait calculé, soit en fonction de la masse de déchets produits par chaque foyer, soit en fonction du nombre de passage de collecte des bacs défini par les habitants. Ce système va être d’abord être mis en place sur certains quartiers de la Métropole mais il reste encore compliqué de le généraliser sur l’ensemble du territoire métropolitain, la majorité de l’habitat étant collectif ce qui ne permet pas une différenciation de la production de déchets entre chaque habitant. D’autres problématiques de gestion sont aussi à résoudre (achat de nouveau matériel, tarification…).

La collecte des déchets organiques serait aussi un levier de réduction de la production de déchets. Actuellement les particuliers sont invités à composter chez eux dans leur jardin leurs bio-déchets (épluchures, restes de nourriture, sacs biodégradables, plantes…) ou à les déposer en déchetterie. Les personnes résidant en habitat collectif compostent peu leurs déchets malgré une opération de Bordeaux Métropole soutenant le compostage collectif dans les résidences. L’installation de conteneurs de bio-déchets sur le territoire pourrait permettre une réduction de leur production mais la collecte de ces conteneurs aurait un coût non négligeable. Actuellement ces bio-déchets jetés en poubelle noire sont incinérés, le coût carbone de la collecte des bio-déchets serait-il vraiment moins élevé que celui de l’incinération des biodéchets (qui, rappelons-le, produit de la chaleur et de l’électricité) ? Une solution alternative pourrait consister en l’installation de grands composteurs collectifs dans les parcs urbains de la Métropole mais cela devrait s’accompagner d’une sensibilisation des habitants pour qu’ils ne servent pas de poubelle classique.

Le refus de collecte des bacs non triés: il s’agit de renforcer la vérification du contenu des bacs noirs et verts pour que nos agents de collecte s’assurent de l’efficience du tri. Un grand nombre de bacs sont aujourd’hui refusés pour insuffisance voire absence de tri, peut-être pourrions-nous aller plus loin dans les contrôle pour augmenter la part de déchets recyclés.

L’augmentation du nombre de conteneurs à verre serait aussi un levier pour accroître le recyclage du verre, encore insuffisant sur la Métropole puisque nous ne collectons que 21 kg de verre par habitant contre 29 kg au niveau national. Seul 40% du verre est collecté, une grande partie du verre restant est déposé en poubelle noire et finit donc dans les mâchefers ou les déchets enfouis ou en poubelle verte ce qui peut blesser les agents de tri. Nous essayons dans nos communes d’accroître le nombre de conteneurs à verre mais certains riverains y sont parfois très défavorables en raison des risques de nuisances sonores, la Métropole enterre donc certains conteneurs mais le coût et les conditions d’enfouissement (nécessité de ne pas creuser dans les réseaux eau, gaz, électricité…) ne le permettent pas partout. Un certain nombre de conteneurs sont aussi très régulièrement pleins, des capteurs vont être installés sous ces conteneurs pour connaitre en temps réel leur taux de remplissage et optimiser la collecte.

La collecte et le recyclage de l’ensemble des emballages plastiques permettrait d’accroître le volume de la collecte sélective. Aujourd’hui seuls les grands emballages plastiques sont collectés mais pas, par exemple, les emballages plastiques de viande et les sachets en plastiques des gâteaux et autre produits. Ces plastiques sont pourtant recyclables mais nécessitent de nouveaux investissements dans la chaîne de tri pour les différencier et les recycler (il existe de très nombreux types de plastiques qui doivent être détectés et séparés pour un recyclage efficace). La Métropole s’est lancée dans le chantier.

Le rôle de l’Etat reste déterminant. L’importante baisse de la production de déchets est essentiellement due à des contraintes législatives mais aussi au soutien à des programmes de recherche sur le recyclage et le tri. Le système de malus sur les emballages voté par l’Etat et abondant les budgets déchets des collectivités territoriales a été une mesure particulièrement efficace, un cadre législatif plus contraint aujourd’hui pourrait grandement aider nos Métropoles dans leur lutte contre les déchets. En effet malgré le développement des processus de recyclage, il n’y a pas meilleur déchet que celui qui n’existe pas.

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3 commentaires

  1. bordeaux est sale vraiment, il faudrait mettre des conteneurs dans les rues à la place des bacs vu que personne ne rentre ses poubelles!! impossible de passer pour les fauteuils roulants!

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